ARTIST'S STATEMENT

Ma démarche est abstraite, j’explore les processus de transformation du vivant à travers des phénomènes physiques tels que l’oxydation, l’érosion, la sédimentation ou l’évaporation. L’eau, l’encre, la rouille et la cire deviennent les vecteurs d’une recherche où le temps agit comme matériau, il participe à la construction de l’image.

Mon travail se développe à partir de questions liées à l’origine : origine des formes, de l’art, des traces laissées par l’homme dans son environnement. Je construis un langage pictural nourri autant par l’observation des phénomènes naturels que par certaines images archaïques ou structures symboliques qui apparaissent comme des formes récurrentes. Elles évoquent à la fois la croissance organique, des circulations souterraines ou des cartographies mentales.

Dès la fin des années 1980, j’ai développé une technique associant oxydation du fer et intervention de cire chaude comme processus de transformation et d’inscription du temps. Les surfaces se modifient progressivement, se chargent de strates, de tensions, de zones de disparition ou d’apparition. La cire vient interrompre ces évolutions, préserver une trace, fixer un état transitoire. Ce dialogue entre altération et préservation introduit une temporalité instable qui traverse toute ma peinture.

Les œuvres naissent souvent par séries, dans un même élan, puis évoluent lentement au fil des réactions et des temps de pause imposés par le processus lui-même. J’interviens principalement au sol où j’accompagne sur le support les déplacements de l’eau, les phénomènes de dépôt, de dissolution ou de concentration. Après chaque étape je dois attendre plusieurs heures, avant de pouvoir y retourner, des jours souvent lorsqu’il s’agit de créer de la rouille. Il faut parfois arroser, comme un jardin.

J’utilise une palette volontairement réduite où dominent noirs profonds, ocres et bleus indigo. L’encre noire et les ocres renvoient à une mémoire ancienne de l’écriture et de la peinture tandis que l’indigo ouvre un espace plus mental, lié au paysage, au souffle et au voyage. Ces polarités caractérisent des séries comme oxydes, la part de l’ombre, Blues ou Sorti de la nuit.

La figure de l’arbre revient aujourd’hui particulièrement dans ma recherche. Elle apparaît autant comme structure du vivant que comme forme de pensée.  C’est aussi un miroir de l’humain qui m’évoque des pages de l’Histoire liée à la violence et à la guerre avec les séries Strange fruit et l’arbre de Goethe. Ses ramifications évoquent à la fois croissance, circulation, vulnérabilité et résistance.

Le papier demeure au centre de ma pratique pour sa sensibilité, sa réactivité et sa mémoire.  Il relie également mon travail pictural à celui des livres d’artiste réalisés en dialogue avec des écrivains et des poètes. Le livre permet alors de construire un espace commun, proche d’une partition musicale.

Ma peinture s’attache à rendre perceptibles des temporalités lentes, des états de passage et des équilibres fragiles. Entre obscurité et lumière, apparition et effacement, elle tente moins de représenter le monde que d’en révéler les métamorphoses invisibles.

Patricia Erbelding, juillet 2026